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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 09:33

C'est à Eric Marie, éminent connaisseur de la langue et de la culture cotentines, que revint la charge d'entamer le programme du 5ème couvert de Mange ta soupe ! Le directeur de la revue Le Viquet et auteur d'articles fouillés sur nos us et coutumes, s'acquitta superbement de sa tâche. En près d'une heure et demie, il exposa les origines supposées de notre graisse à soupe, comparant plusieurs recettes, qui toutes exigent une longue cuisson (48 heures non stop au moins). M. Marie insista sur le succès de la graisse de Cherbourg, qui dans la deuxième moitié du XIXe siècle approvisionna exclusivement la marine française, en raison de ses nombreuses qualités.

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La deuxième partie de la conférence fut consacrée au biscuit, cette autre spécificité cotentine. Revenant sur l'étymologie de la soupe, à l'origine une tranche de pain imbibée de bouillon (voir sur ce site notre exposition les MOmestibles), Eric Marie distingua pain à potage et pain à soupe. Puis, s'appuyant sur des témoignages et un reportage photographique, il détailla la préparation du fameux biscuit. Fils d'un boulanger de Valognes, le conférencier évoqua ses souvenirs de montagnes de biscuits et la razzia des clients, le jour du marché.  

La fin de la communication fut consacrée à rapprocher nos ingrédients de l'environnement maritime de la presqu'île. Graisse de Cherbourg et biscuit formaient, ensemble, la base de l'alimentation quotidienne des marins au long cours. Avec de l'eau de mer chauffée, la graisse et le biscuit, composaient la soupe prise à chaque repas par les matelots. M. Marie impressionna le public en révélant qu'une corvette de 200 hommes qui partait pour 4 mois embarquait... 14 tonnes de biscuit ! ! ! De quoi donner du travail aux boulangers de Cherbourg.

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Les amateurs de cette page patrimoniale pourront se reporter aux différents numéros du Viquet et particulièrement au numéro 176 de la revue, que vous pouvez vous procurer à la Maison de la Presse, place de la République, ou jusqu'à dimanche 20, à la librairie Mange ta soupe ! à la Maison de l'action sociale et de l'emploi.

 

Après l'inauguration et le pot de l'amitié, accompagné de tartines, David Lecoeur, historien de l'alimentation, prit le relai. Devant plus d'une trentaine de personnes, M. Lecoeur, tint une "causerie" sur l'histoire du pain et son devenir. Dans un premier temps il traça à grands traits l'histoire de cet aliment fondamental. Il insista sur les différentes qualités de pain qui existaient aux temps modernes, sur l'organisation professionnelle des boulangers, et sur les mutations techniques des XIXe et XXe siècle. M. Lecoeur mit en évidence le rôle des guerres dans ces transformations, la mécanisation du pétrissage s'accélérant particulièrement durant la Première Guerre Mondiale, carence d'ouvriers oblige. Une deuxième partie de la conférence fut consacrée à des échanges avec le public sur la qualité gustative du pain d'aujourd'hui, sur le rôle des GMS dans le "défaut" de cuisson de nos baguettes, mais aussi sur le consentement du consommateur à cette évolution. Un boulanger à la retraite apporta beacoup de précisions et de sel aux échanges. L'assitance évoqua ses souvenirs de pains fantaisie. On revint sur le pain brié, sur le pain dit de Dieppe, sur la falue, la gâche, la biscotte et les craquelins... David Lecoeur conclut en abordant la question du sacré, le pain des hommes étant consommé selon une liturgie quasi-religieuse.

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Les propos du conférencier faisaient écho à bien des situations locales, et il apparaît qu'il serait très instructif d'approfondir cette question de la place du pain dans notre culture locale et notre territoire. Ainsi, jusqu'à la Révolution, la cuisson du pain était un monopole seigneurial à Carentan, et les boulangers devaient utiliser, moyennant paiement d'une taxe, le four à ban, propriété du baron de Gyé, situé dans le faubourg de Giesmard, proche du "quai à bourre" (les fagots servant au chauffage du four). L'abolition des privilèges et surtout des banalités mit un terme à ce monopole, et les boulangers carentanais purent construire et utiliser leur propre four, à l'écart de la ville close, pour ne pas risquer de communiquer le feu aux habitations voisines. Dans les campagnes, les boulangeries domestiques se multiplièrent, dont quelques vestiges subsistent aujourd'hui, ainsi qu'en témoigne l'exposition "Boulangeries domestiques du Parc" qui sera installée au village éphémère samedi 19 et dimanche 20.      

 

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